Chirac et la guerre de la banane

Pour clôturer notre série sur Jacques Chirac, découvrons cette semaine les interventions de l’ancien président de la République sur le délicat dossier du conflit commercial entre la banane européenne et la banane dollar. 

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La tentation de concilier des intérêts contraires

Depuis la création du marché commun européen en 1993, l’Europe et l’Amérique s’opposent sur le dossier de la banane. Tandis que l’Europe veut protéger sa production communautaire par des quotas et des barrières douanières, les producteurs américains veulent pénétrer sans entrave sur le florissant marché européen. Dans plusieurs discours, Jacques Chirac se fait l’écho de cette guerre, cherchant à défendre les intérêts des producteurs antillais, tout en ménageant les états américains comme le démontre le discours qu’il prononce au Guatemala en 1998.

« Votre consœur a posé le problème du commerce dont le Président Arzu a également longuement parlé, qui concerne, le libre-échange. Vous savez qu’il y a une volonté de l’Union européenne d’aller dans ce sens, en particulier, avec le Guatemala. […] L’Union européenne, naturellement, est très ouverte à la négociation de dispositions qui permettent d’améliorer le libre-échange entre le Guatemala et l’Union européenne. Alors pour dire la vérité, si nous sommes très ouverts à cela dans tous les domaines, il y a un domaine délicat, chacun le sait, et il faut parler des choses telles qu’elles existent, qui est celui de la banane. […] Vous savez que la France a des intérêts particuliers dans le domaine de la banane, puisque la banane fait vivre un nombre considérable, des dizaines de milliers d’hommes et de femmes dans les départements français des Antilles, à la Martinique et à la Guadeloupe. Nous sommes obligés de tenir compte aussi de cette situation. Mais je dois dire que les choses progressent et que nous sommes tout à fait disposés à les faire progresser le mieux possible et dans le cadre des intérêts de l’Amérique Centrale. Mais là, nous avons un problème spécifique que nous ne pouvons pas ignorer. 

Les États-Unis, un adversaire coriace

En février 1999, le différend commercial euro-américain sur la banane est évoqué conjointement par Jacques Chirac et Bill Clinton lors d’une conférence de presse commune.

Journaliste : Je souhaiterais savoir si vous avez évoqué le dossier de la banane, puisque c’est un dossier certes américano-européen, mais aussi un dossier franco-américain en raison de la banane des Antilles, et si oui, est-ce que vos discussions ont permis de faire évoluer le dossier, voire de trouver un compromis, et j’aimerais que le Président Clinton m’explique pourquoi les Etats-Unis se montrent si, je dirais, offensifs sur ce dossier, puisque, à ma connaissance, contrairement à la France et à l’Europe, les Etats-Unis ne produisent pas de banane ?

Le président Clinton : Oui, nous en avons parlé. Nous sommes fermes en la matière, parce que nous avons des sociétés en jeu. Il y a des gens qui sont impliqués dans d’autres pays, aux Caraïbes, en Amérique centrale, et parce que nous pensons que la loi commerciale est bien claire. Nous avons remporté ce différend commercial. Il y a eu une décision qui a été prise, et nous essayons d’arriver à une solution raisonnable avec les Européens […]. Et nous devrions tous respecter une décision lorsque nous perdons, car c’est ce que les Etats-Unis feraient, et donc c’est ce que vous voudrions que l’Europe fasse. […] La plupart des Européens pensent que nous n’aurions pas dû remporter ce différend[…]. Donc nous aimerions qu’il y ait un règlement qui soit conforme à la décision qui a été prise conformément à la loi commerciale internationale.

Le président Chirac : Le Président Clinton vient de dire que les Etats-Unis avaient des sociétés en jeu, à quoi je lui ai répondu, que nous avions, nous, des travailleurs en jeu. Et de surcroît, j’ai ajouté que la banane des Antilles était, c’est évident, la meilleure et la meilleure du monde, qu’il fallait donc absolument la sauvegarder, que c’était en quelque sorte l’intérêt de l’humanité, et que je comptais sur lui pour comprendre ces exigences. »

Banana war
Banana war

Malgré le soutien du gouvernement français, l’avenir des producteurs antillais dépend alors largement des décisions prises au niveau européen. Pourtant, on le sait l’Union européenne a fait le choix de reculer face à la pression américaine pour mieux ménager d’autres intérêts commerciaux.

Pour en savoir sur la banana war, retrouvez nos articles ici et .

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