La banane des Antilles, une agriculture familiale

La banane de Guadeloupe et Martinique est le parfait exemple de l’agriculture familiale qui caractérise le modèle agricole français. Cette production façonnée et valorisée par de nombreux petits planteurs est le résultat d’une longue tradition.

La banane antillaise, une agriculture familiale
La banane antillaise, une agriculture familiale. Fonds UGPBAN

Une production populaire

Avant d’être cultivée pour l’exportation, la banane est d’abord une culture vivrière. Elle constitue l’un des aliments de base de l’alimentation populaire. Ainsi, dès le XVIIIe siècle, les esclaves pouvaient librement cultiver quelques pieds de bananiers pour assurer leur subsistance. Le bananier fait partie du traditionnel jardin créole.

Au lendemain de la 1ère Guerre mondiale, la production de bananes se développe désormais pour répondre à la demande de la métropole. Cette nouvelle culture intéresse peu les grands propriétaires qui lui préfèrent la traditionnelle canne à sucre. En effet, le sucre et le rhum constituent encore la première source d’exportations agricoles à l’époque. La culture de la banane est donc laissée aux petits et moyens producteurs. Sur les deux îles, face à la demande croissante de la métropole, de nombreux Antillais, possédant un lopin de terre, font pousser des bananiers pour en vendre les fruits.

En 1932, la Martinique compte ainsi une centaine d’exploitations d’environ 10 hectares. En 1939, avec l’essor de l’exportation, 1 000 exploitations sont désormais recensées, pour une surface moyenne de 16 hectares. En Guadeloupe, la production de bananes est répartie entre 200 propriétés sur 5000 hectares.

Une révolution sociale

Les années 60 voient le renforcement du nombre de producteurs de bananes. En France, le général de Gaulle impulse une politique agricole qui vise à moderniser l’agriculture afin d’accroître sa productivité. L’objectif est double : assurer l’autosuffisance alimentaire française et exporter à l’international. En Martinique et en Guadeloupe, à ces enjeux nationaux s’ajoutent des problématiques locales spécifiques. En effet, les autorités locales encouragent l’accession à la propriété foncière, dans l’objectif de contrer les risques économiques qui pèsent sur la monoculture de la canne antillaise affaiblie par la concurrence de la betterave sucrière métropolitaine. En 1966, la Martinique fait l’objet d’une vaste réforme foncière. Plus de 2000 hectares, dans la plaine du Lareinty, sont rétrocédés par de grands propriétaires afin d’être vendus à bas prix sous la forme de lots de 4 hectares. Cette opportunité extraordinaire est saisie par plus de 400 ouvriers agricoles sans terre. Dès lors, les propriétés se multiplient. À cette période, on compte presque 4000 planteurs de bananes en Martinique dont l’essentiel de la production se concentre entre les mains des petits agriculteurs.

« Coupeurs de cannes avec des sacs de jute pour habits et le coutelas en bandoulière ou ramasseuses de cannes sont devenus des petits planteurs de banane. […] L’émergence de la production bananière a été une véritable révolution sociale » Victor Sablé (député de la Martinique entre 1958 et 1986)

La défense du modèle familial

Face aux opportunités que représente l’exportation de la banane, de grands planteurs rompent peu à peu avec la tradition sucrière pour se lancer dans la banane aux perspectives immédiates plus prometteuses. Cependant, si quelques grandes propriétés voient le jour en Guadeloupe et en Martinique, cela ne remettra pas en cause les exploitations familiales traditionnelles.

Eugène-José Descas et sa fille Jessica Descas, producteurs en Martinique
Eugène-José Descas et sa fille Jessica Descas, producteurs en Martinique. Fonds UGPBAN

Ainsi, en 2018, la production de bananes en Martinique et en Guadeloupe continue d’être la source de revenus de 600 producteurs, à la tête d’exploitations de 14 hectares en moyenne. On est loin de la situation des grands pays exportateurs comme l’Équateur où les exploitations ont une taille moyenne de 200 hectares et appartiennent bien souvent à des firmes. La filière de la banane antillaise encourage et veille au maintien des petits et moyens producteurs. En effet, ces petits agriculteurs protègent l’activité et les emplois dans des zones rurales qui, sans cela, seraient menacées de désertification.

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