La banane à la conquête du monde

Fruit des Tropiques, la banane fut longtemps consommée dans les seules régions productrices. Il faut attendre la fin du XIXe siècle pour que ce fruit parte à la conquête des États-Unis et de l’Europe.

Voie ferrée à travers une plantation de bananiers au Costa-Rica. Crédits : L'Illustration, mai 1903
Voie ferrée à travers une plantation de bananiers au Costa-Rica. Crédits : L’Illustration, mai 1903

Aujourd’hui, la banane est l’un des fruits les plus communs en magasin. Disponible toute l’année et peu chère, elle fait partie de notre quotidien. Et pourtant, cela ne fut pas toujours le cas. Si nos grands-parents nous rappellent qu’ils recevaient une orange à Noël, nos arrières grands-parents, eux, se régalaient d’une banane ! Et oui, au début du XXe siècle, la banane était considérée comme un fruit de luxe extrêmement rare en France.

Un fruit difficilement transportable

Exporter de la banane vers des pays lointains s’est longtemps révélé impossible, en raison de sa fragilité. Pour parvenir à la transporter, plusieurs obstacles ont du être levés. Parmi les nombreuses variétés de bananiers, seules les bananes résistantes aux chocs sont aptes à voyager. D’autant que la banane était, à ses débuts, transportée en régime complet, sans emballage pour la protéger. Deux variétés se prêtaient alors aux longs voyages. D’abord la Gros-Michel, que l’on retrouvait surtout en Jamaïque, et qui se conservait le plus longtemps sans noircir. Il y avait également la Petite Naine, ou banane des Canaries, à la peau mince et qui supportait les trajets jusqu’en Europe.

Autre vulnérabilité de la banane : sa périssabilité. Une fois le régime cueilli, il doit rapidement être acheminé vers les lieux de consommation. C’est pour cette raison que l’expansion commerciale de la banane fut étroitement liée au développement des moyens de transport maritime. L’impératif est alors double. Il faut des bateaux rapides pour franchir les mers et les océans. L’irruption des navires à vapeur au XIXe siècle va répondre à ce besoin. Outre la vitesse, les navires doivent aussi disposer de cales munies d’une bonne ventilation pour empêcher le mûrissement précoce des régimes.

Canaries préparation des régimes de bananes. Fonds UGPBAN
Aux Canaries, préparation des régimes de bananes au début du XXe siècle. Fonds UGPBAN

Les premiers échanges

Les premières expéditions datent de 1803. Elles relient Cuba à la Nouvelle-Orléans. En 1804, 33 régimes sont livrés à New-York. Peu à peu, des tonnages plus importants vont parvenir aux États-Unis. Un trafic régulier entre Panama et New-York démarre en 1864.

En 1897, en Jamaïque, des navires à vapeur sont consacrés spécialement au transport de bananes. À destination des grandes villes des États-Unis, ils peuvent embarquer jusqu’à 20 000 régimes, soit environ 1 300 tonnes. Lors des déchargements, la proportion des régimes avariés reste forte, avec 15 % de pertes déplorées.

C’est à partir de 1901 qu’apparaissent les premiers navires bananiers dédiés au transport international de la banane. Désormais des lignes régulières sont mises en place entre la Jamaïque, le Panama et les États-Unis.

Les difficultés demeurent cependant grandes. De nombreuses avaries sont constatées suite à la durée des voyages et au manque de maîtrise de la température des cales. Les premiers bateaux réfrigérés apparaissent en 1903 permettant des trajets plus longs. L’Europe peut désormais être approvisionnées en banane de Jamaïque ou d’Amérique latine. Les progrès du transport maritime vont accélérer le développement des exportations mondiales de bananes.

Chargement d'un bateau bananier au Costa Rica. Crédits: L'Illustration, mai 1903
Chargement d’un bateau bananier au Costa Rica. Crédits: L’Illustration, mai 1903

Les principales zones productrices

Au début du XXe siècle, trois grandes zones exportatrices s’imposent : la Côte Atlantique d’Amérique centrale (Panama, Costa Rica), la Jamaïque et les Canaries. Les deux premiers approvisionnent le marché américain, tandis que les Canaries destinent leur production à l’Europe. La Colombie, le Guatemala, le Brésil lancent peu après leurs premières productions destinées à l’exportation. Ces pays sont attirés par les juteux profits qui résultent de ce commerce naissant et dynamique. Émerveillés par ce nouveau fruit, les consommateurs en réclament toujours plus.

En 1900, le trafic mondial est de 213 700 tonnes. La France consomme tout juste 450 tonnes. Aujourd’hui, la seule consommation française annuelle est de 550 000 tonnes, tandis que le marché mondial s’élève à plus de 18 millions de tonnes !

 

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