Banana boat song… le chant du docker

En 1956, l’album Calypso d’Harry Belafonte connaît un succès extraordinaire et atteint le million d’exemplaires vendus. Le premier single, Banana boat song, est à l’origine de ce succès.

 

 

De père martiniquais et de mère jamaïcaine, Harry Belafonte a vécu en majeure partie aux Etats-Unis, après avoir passé une partie de son enfance dans la Jamaïque des années 30. Sa carrière d’artiste et ses engagements citoyens ultérieurs resteront fortement influencés par ses origines caribéennes. Le succès lui viendra justement par l’intermédiaire de cet héritage culturel antillais.

Un chant traditionnel de Jamaïque

Day-O – Banana Boat Song est en effet un mento jamaïcain. Cette musique populaire est née dans les régions rurales de l’île au début du XXe siècle. Le chant de travail, comme Day-O, est un thème récurrent du mento.

Banana boat song évoque un docker qui achève son travail quotidien. Toute la nuit, il a chargé des bananes destinées à l’exportation sur un cargo. Rappelons que depuis la fin du XIXe siècle, la culture de la banane a remplacé en Jamaïque le sucre et est devenue la principale denrée agricole exportée. Lorsqu’il vivait en Jamaïque, le jeune Harry Belafonte a entendu cette chanson traditionnelle chantée par ses proches embauchés dans l’industrie de la banane. Jusque dans les années 50, le chargement des régimes de bananes est réalisé par les dockers qui portent sur leur dos les régimes entiers. C’est un travail physique harassant que retranscrit la chanson, à travers son rythme et ses paroles :

« A trimer toute la nuit avec un seul verre de rhum.

(Chœur) Le jour s’ lève et moi j’ veux m’ rentrer.

A empiler des bananes jusqu’au petit matin.

(Chœur) Le jour s’ lève et moi j’ veux m’ rentrer. […]

Allez Msieur le p’tit chef, fais-moi passer des bananes.

Le jour s’ lève et moi j’ veux m’ rentrer.

A soulever des régimes de six, sept, huit pieds !

Le jour s’ lève et moi j’ veux m’ rentrer.»

 

Chargement d’un bananier dans les années 50. Fonds UGPBAN

 

Si Harry Belafonte n’est pas le seul à avoir interprété cette chanson, sa version est celle qui a marqué les esprits. Il fait ainsi découvrir au public mondial la réalité difficile des travailleurs jamaïcains. Il inscrit cette chanson dans une critique du colonialisme et de l’impérialisme qui marquent alors l’essor du commerce international de la banane.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *