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La biodiversité dans les bananeraies antillaises

La journée mondiale de la biodiversité, le 22 mai, est l’occasion de rappeler combien les pratiques agricoles jouent un rôle important sur la biodiversité. Il est temps de repenser l’agriculture, avec moins d’intrants chimiques et une préoccupation accrue de l’environnement. Une démarche qui n’est pas nouvelle pour la Banane de Guadeloupe & Martinique.

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L’hylode de Martinique est très présente dans les bananeraies @ Guida

La prise de conscience d’une filière

Des oiseaux qui pépient, des vers de terre qui creusent le sol, des grenouilles qui chantent. Un petit peuple grouille dans les bananeraies antillaises actuelles. Mais si on repart trente ans en arrière, les parcelles présentaient une physionomie bien différente. Très peu d’espèces animales y vivaient tandis que le sol était mis à nu par les herbicides utilisés pour éliminer les « mauvaises » herbes.

Deux événements ont bouleversé en profondeur le mode de culture de la banane aux Antilles. Le cyclone Dean qui  a ravagé en 2007 la production et le scandale du chlordécone. Cet insecticide utilisé dans les bananeraies de 1972 à 1993 pour lutter contre le charançon  a entraîné une contamination durable d’une bonne partie des sols et des eaux de Martinique et de Guadeloupe.

Consciente de son impact environnemental, la filière a alors choisi de s’engager pour une meilleure préservation de l’environnement. Le Plan Banane Durable, signé en 2008 avec le ministère de l’Agriculture, a officialisé la nouvelle direction prise par les producteurs. Son objectif prioritaire : prendre la voie de l’agroécologie qui repose sur l’utilisation des fonctions naturelles du sol et de l’écosystème.

Les coccinelles font partie de la faune des bananeraies @ Guida

Cultiver la banane de façon raisonnée

Dès lors, la filière entreprend une véritable révolution culturale. Des innovations agronomiques sont employées. C’est notamment le cas des pièges à charançons utilisant des phéromones pour capturer les charançons. Les producteurs utilisent des vitroplants de bananiers indemnes de maladies et d’insectes. Quant à l’enherbement, il consiste à semer entre les pieds des bananiers des plantes qui couvrent le sol pour empêcher les mauvaises herbes de s’y développer. Leur décomposition apporte des éléments nutritifs pour le bananier, ce qui remplace les engrais azotés.

La filière revient également à des pratiques anciennes qui avaient été délaissées : la rotation avec d’autres cultures (canne à sucre) ou la jachère pour laisser le temps aux sols de se régénérer naturellement.

Grâce à ces différentes techniques, le recours aux produits phytosanitaires a été réduit de 70 %. La démarche se poursuit avec la transition vers l’agriculture biologique pour une partie des producteurs.

Le sol de la bananeraie est couvert de plantes de service qui le protègent et l’enrichissent @ UGPBAN

Le retour massif de la biodiversité

La forte diminution des intrants chimiques a permis le retour de la biodiversité. Entre 2014 et 2015, une équipe de scientifiques indépendants a étudié la diversité biologique dans les bananeraies. Ils ont établi que la faune du sol (vers de terre, insectes, araignées…) s’est réinstallée, favorisant l’arrivée d’espèces prédatrices comme les lézards, les grenouilles et les oiseaux. Les bananeraies ont ainsi retrouvé les caractéristiques d’un écosystème avec l’installation de relations interdépendantes entre les différentes espèces qui l’habitent.

Les résultats de l’étude sont éloquents :

  • Les espèces d’oiseaux ont doublé et sont au nombre de sept.
  • Les vers de terre avaient pratiquement disparu de certaines parcelles. On en dénombre actuellement environ 195 au mètre carré.
  • Les reptiles et les amphibiens sont également plus nombreux. L’étude a ainsi dénombré jusqu’à 788 grenouilles par hectare.
  • 214 espèces d’insectes.

Les bananeraies actuelles abritent de nombreuses espèces endémiques. Des animaux très répandus, comme le colibri, mais aussi des espèces beaucoup plus rares comme la grive à pieds jaunes et l’hylode de Martinique. Leur protection constitue un enjeu majeur pour la conservation du patrimoine naturel des Antilles.

Grâce à ces bonnes pratiques, un cercle vertueux s’est mis en place. À son tour, la biodiversité est devenue l’alliée des producteurs : ce sont désormais des prédateurs naturels (oiseaux, vers de terre, plantes de couvertures) qui protègent les bananiers de ses ravageurs

Protéger la biodiversité est donc un enjeu crucial pour l’environnement et par là-même pour l’homme. À l’image de ce qu’ont réalisé les producteurs de bananes en Guadeloupe et en Martinique, souhaitons la généralisation d’une agriculture plus respectueuse de la biodiversité à travers le monde.

Un colibri dans une bananeraie @ UGPBAN

 

 

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