La banane de Guadeloupe & Martinique est-elle bio ?

En 2019, la banane bio a représenté 17 % du marché français de la banane, preuve de l’engouement des consommateurs. Comment la banane antillaise a-t-elle pris le train du bio ?

Les contraintes de la production de bananes bio 

La culture de la banane exige une combinaison subtile de chaleur, d’humidité et de pluviosité. Cependant, ces conditions sont aussi propices au développement de champignons et de parasites qui sous les tropiques, en l’absence de gel hivernal, prospèrent toute l’année. C’est notamment le cas de la cercosporiose noire, champignon qui se développe sur les feuilles du bananier. En culture classique, le recours aux fongicides permet de protéger les fruits des attaques parasitaires. Pour contrebalancer l’absence des produits chimiques, la production de banane bio s’installe de préférence dans des environnements secs où la pression parasitaire est moins forte et recourt à des méthodes culturales alternatives.

La culture de la banane bio s’est donc d’abord développée dans des pays dotés d’un climat tropical sec, notamment la République dominicaine qui a lancé l’exportation de la banane bio à la fin des années 90. D’autres pays comme le Mexique, le Pérou, l’Équateur lui ont emboîté le pas.

De leur côté, la Martinique et la Guadeloupe sont pénalisées par leur climat tropical humide… bien trop humide pour faciliter le développement d’une production bio avec des rendements satisfaisants. Cependant, la volonté d’une filière et l’apport de la recherche ont permis de contourner les obstacles.

L’engagement dans le durable

Suite aux problèmes liés au chlordécone et au passage du cyclone Dean en 2007, la filière antillaise décide de s’engager en faveur d’une production durable et agroécologique. Cela se concrétise en 2008, par le lancement officiel du Plan Banane Durable par le ministre de l’Agriculture Michel Barnier. Ce 1er Plan Banane Durable (2008-2013) est porté par les 600 producteurs de la filière avec l’aide des pouvoirs publics et en collaboration avec le CIRAD (Centre de coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement) et l’IT2 (Institut Technique Tropical).

Ce plan ambitieux vise alors à trouver des alternatives aux produits phytosanitaires et des nouvelles variétés sans OGM, résistantes aux maladies du bananier.  De nouvelles techniques sont expérimentées avec succès, les produits phytosanitaires étant utilisés en dernier recours uniquement. Ainsi, de jeunes plants de bananiers sains produits « in vitro » en laboratoire et cultivés dans des serres aseptisées sont plantés dans les champs, limitant le risque de maladies natives. Les pièges à insectes, dont le charançon, évitent le recours aux insecticides, tandis que l’enherbement des bananeraies restreint l’usage des désherbants. La rotation des cultures (avec la canne ou l’ananas) et les jachères assainissent naturellement les sols.

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Bananeraie martiniquaise avec plantes de couverture au sol @UGPBAN

Les premiers résultats ne se font pas attendre. Dès 2011, l’utilisation de pesticides est réduite de plus de 50 %. Un second Plan banane durable (2014-2020) poursuit les efforts entamés. Un troisième est en cours d’élaboration avec l’objectif de réduire encore l’usage des produits phytosanitaires de 50 % supplémentaires d’ici à 2025.

Aujourd’hui, la filière antillaise s’inscrit donc dans une dynamique de progrès tout à fait remarquable dans le paysage de la production bananière mondiale puisqu’elle se situe parmi les moins consommatrices de pesticides au niveau mondial, de cinq à dix fois moins que ses principaux concurrents.

Suite à ces changements culturaux, les producteurs ont observé un retour massif de la biodiversité dans les plantations, illustrant la bonne santé retrouvée des écosystèmes bananiers. Les bananeraies de Guadeloupe et Martinique constituent un refuge pour de nombreuses espèces : plus de 200 espèces d’insectes, des dizaines d’espèces d’oiseaux, de grenouilles, de lézards, de petits mammifères, de chauves-souris vivent dans les bananeraies (Etude CIHENCE 2015). La biodiversité devient d’ailleurs le meilleur allié des cultures car la faune présente dans les bananeraies participe à la régulation des ravageurs, à l’aération du sol et à la dégradation de la matière organique.

Colibri butinant une popote de bananier @ UGPBAN

La banane bio française

L’amélioration des pratiques culturales a ainsi permis à la filière antillaise, malgré son handicap climatique, d’opérer sa transition vers l’agriculture biologique.

En 2018, la première banane bio française est commercialisée. Elle est cultivée par un producteur martiniquais, Michel La Rougery. En 2020, ce sont 23 producteurs antillais qui sont désormais engagés en agriculture biologique (16 en Guadeloupe et 7 en Martinique) dans les zones les plus sèches des deux îles, notamment au Vauclin en Martinique. En 2020, 2 000 tonnes de bananes françaises bio seront commercialisées.

La production de banane biologique aux Antilles va également bénéficier de la création d’une nouvelle variété de banane, la Pointe d’Or. Celle-ci est issue d’un croisement naturel de variétés effectué par le CIRAD et l’IT2. La Pointe d’Or offre l’avantage d’être naturellement résistante aux maladies. Une vingtaine d’hectares sont actuellement consacrées à sa production en Guadeloupe. 1 500 tonnes de cette nouvelle banane seront commercialisées dès 2020. Surveillez vos étals pour découvrir la Pointe d’Or !

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Campagne de communication sur la banana bio française en 2018 @ UGPBAN

Pour en savoir plus sur l’agriculture biologique, c’est par ici !

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