Jacques Chirac et la banane antillaise 1/3

À l’occasion du décès de Jacques Chirac, les médias ultramarins ont rappelé combien l’ancien président de la République fut proche de l’Outre-Mer. Découvrons, à l’occasion de 3 articles, la place de la production de bananes des Antilles dans ses discours…

De l’importance économique de la filière

Pour Jacques Chirac, la filière banane en Guadeloupe et en Martinique occupe indéniablement une place prépondérante dans l’économie insulaire.

 « Aujourd’hui, la banane reste une activité économique de premier plan, à Saint-Joseph. Elle procure de nombreux emplois qu’il faut absolument maintenir, défendre et sauvegarder. Je connais vos inquiétudes et vous savez à quel point, aujourd’hui comme hier, je suis déterminé à préserver l’avenir de cette grande filière agricole. C’est un souci permanent du Gouvernement et pour moi aussi. » Discours en mars 2000 à Saint-Joseph (Martinique)

S’il se félicite du poids économique de la filière, c’est aussi son rôle social, à travers les nombreux emplois qu’elle génère, particulièrement dans les territoires ruraux, qu’il met en avant. Il rappelle ainsi régulièrement que la production de bananes « représente 30 000 emplois directs ou indirects aux Antilles » au début des années 2000.

Un colosse aux pieds d’argile

Cependant, Jacques Chirac déplore la fragilité de l’économie antillaise parce qu’elle repose sur un socle trop restreint.

 « Or l’activité économique des Antilles est concentrée sur un nombre limité de secteurs qui se sont développés successivement, en particulier la canne à sucre, la banane et le tourisme. Mais chacune de ces activités reste fragile. La canne est tributaire des mécanismes de garantie du revenu sucrier et de la fiscalité particulière du rhum. La banane, qui représente 30 000 emplois directs ou indirects aux Antilles, est l’objet d’agressions permanentes de la part de sociétés multinationales. Le tourisme est confronté à la concurrence très vive de destinations voisines qui possèdent de réels avantages en termes de compétitivité. » discours de Madiana (Martinique, mars 2000)

Il tient le même discours en avril 2002 à Schoelcher lorsqu’il est candidat à l’élection présidentielle.

« A côté de l’insécurité, il y a toutes les difficultés liées à une économie qui n’enregistre pas la croissance que l’on pouvait légitimement attendre. L’activité de la Martinique reste fortement concentrée sur un nombre limité de secteurs, la canne à sucre, la banane, le tourisme. Chacun de ses secteurs est fragile : la canne dépend fortement des mécanismes de garantie du revenu sucrier. La banane, qui représente 30 000 emplois directs ou indirects aux Antilles, doit se défendre contre les agressions constantes des sociétés multinationales qui se partagent le marché mondial et vous connaissez l’énergie que je consacre pourtant à la défense de cette production. Le tourisme est confronté à la concurrence très vive de destinations voisines qui possèdent de réels avantages en termes de compétitivité. Il est aussi pénalisé par une desserte aérienne de plus en plus défaillante. »

La diversification des activités, notamment en agriculture, lui apparaît comme l’une des solutions pour sécuriser le développement économique et agricole de la Martinique et de la Guadeloupe.

« Compte tenu des fragilités de ce secteur, vous avez eu l’intelligence de diversifier vos activités en développant, notamment, la culture de l’ananas et celle des fleurs, en particulier l’anthurium. Ces efforts, dans le contexte difficile que connaissent actuellement les agglomérations rurales comme la vôtre, méritent d’être salués et encouragés. » discours de Madiana (Martinique, mars 2000)

Cette thématique de la diversification agricole sera largement reprise par ses successeurs, notamment Nicolas Sarkosy.

Pour une administration réactive

En 2002, à Capesterre-Belle-Eau en Guadeloupe, il insiste sur la nécessité d’aider rapidement les planteurs lors des calamités naturelles.

« Je comprends la détresse et l’exaspération des éleveurs, des exploitants agricoles, des planteurs de cannes et de bananes. Au-delà des effets d’annonce, il faut veiller à ce que les crédits d’indemnisation soient débloqués à temps, sans bureaucratie excessive. Donner à l’outre-mer les instruments de la croissance, c’est d’abord assurer la continuité territoriale, c’est-à-dire mieux relier les collectivités d’outre-mer à l’extérieur. On les mettra ainsi sur un pied d’égalité avec les autres parties du territoire national ».

La semaine prochaine, nous verrons la position de Jacques Chirac sur l’importance de l’Europe pour les territoires ultramarins.

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