Les pionniers du commerce mondial de la banane

C’est au XIXe siècle seulement que les États-Unis et l’Europe découvrent la banane ! Pour y parvenir, deux ingrédients ont été nécessaires : des bateaux rapides menés par des capitaines précurseurs !

goélette
Goélette du XIXe siècle

Entre les mains d’aventuriers

Le commerce de la banane est initié par quelques capitaines qui décident de transporter des régimes dans les cales de leurs navires. En juillet 1804, la goélette Reynard entre dans le port de New-York. Des cales du voilier, les dockers ébahis extraient 33 régimes de bananes rouges provenant de Cuba ! Selon les archives officielles, c’est la première fois que des bananes transportées en bateau parviennent aux États-Unis (hormis quelques régimes livrés à la Nouvelle-Orléans l’année précédente). Si l’on n’en sait pas plus sur cette première cargaison, l’histoire commerciale de la banane débute à cette date !
Dans les années 1840, d’autres livraisons sont recensées dans les ports de New-York, Philadelphie et Baltimore. Les volumes sont plus importants (300 régimes) mais encore occasionnels.
Pour éviter le mûrissage précoce et vendre un maximum de leur cargaison, les capitaines privilégient les distances les plus courtes : des Caraïbes à la côte Est des États-Unis.
Le premier trafic régulier est établi par le capitaine Frank en 1864 entre le Panama et les États-Unis. Il transporte 72 régimes de bananes !
En 1869, le capitaine Bush lui emboîte le pas en s’approvisionnant en Jamaïque. Un an plus tard, le capitaine Baker transporte sur sa goélette de pêche 160 régimes entre la Jamaïque et Boston. Face aux excellents bénéfices engrangés, il renouvelle les expéditions, si bien que 6 ans plus tard, il fonde avec 9 autres partenaires la première société bananière qui deviendra en 1899 l’United Fruit Company, ancêtre de Chiquita !

Des goélettes aux bateaux à vapeur

Plus qu’aucun autre produit d’exportation, la banane a vu son commerce influencé par les évolutions technologiques de la marine marchande. Produite en zone tropicale, fragile et périssable, son transport vers les zones consommatrices des États-Unis et de l’Europe fut longtemps une équation sans réponse !
Les premières expéditions sont rendues possibles grâce aux goélettes. Ces bateaux à voiles présentent le double avantage d’être plus rapides que les voiliers traditionnels tout en étant moins soumis aux contraintes atmosphériques. Il faut cependant compter entre 14 et 17 jours pour relier la Jamaïque à Boston. Les bananes sont souvent abîmées à l’arrivée en raison de la chaleur qui règne dans les cales entraînant le mûrissement des bananes. Pour abaisser la température, les équipages n’ont d’autre solution que d’ouvrir les sabords (les ouvertures dans le flanc de la coque) et les écoutilles (les portes qui permettent d’accéder aux autres étages du navire). Mais cela reste bien insuffisant !
À partir des années 1880, les navires à vapeur remplacent les goélettes. Ils permettent à la banane de traverser les océans plus rapidement. En 1883, le trois-mâts à vapeur du capitaine Baker, grâce à sa vitesse de 11 nœuds, met 9 à 10 jours pour atteindre Boston, chargé de 12 000 régimes.

L’Europe n’est pas en reste

En Europe, il faut attendre 1872 pour que les premières bananes arrivent à Londres. Les zones productrices les plus proches sont Madère et les Canaries. Sur l’archipel espagnol, la culture destinée à l’exportation s’installe vers 1880. Les premiers envois vers l’Angleterre ont lieu en 1884-1885. C’est la société E.W. Fyffe Son & Company, ancêtre de Fyffes, qui assure dès 1888 la première cargaison commerciale.

Banane des Canaries
Transport des caisses de bananes vers le port d’embarquement aux Canaries (vers 1910).

Vers l’ère des multinationales

En 1899, les capitaines ont cédé la place aux compagnies commerciales. Rien qu’aux Etats-Unis, 44 sociétés importent alors 17 millions de régimes. Et sur la seule ligne maritime Amérique centrale-La Nouvelle Orléans, 50 steamers dédiés à la banane sont en service. En 1906, les bananes du Costa-Rica sont transportées sur 3 à 4 vapeurs par semaine qui desservent New-York en 7 jours ou La Nouvelle-Orléans en 5 jours.
C’est aussi la naissance des grandes multinationales américaines et de leurs flottes dédiées. L’United Fruit Company va créer en 1899 la Great White Fleet (la Grande Flotte Blanche) qui comporte 11 navires de 600 à 2000 tonnes de capacité. Elle sera suivie par l’irlandais Elders and Fyffes qui est le premier à se doter de bateaux équipés de frigorifiques.
C’est grâce aux progrès technologiques des navires que les exportations mondiales de la banane ont connu une croissance sans précédent. Ainsi, de 1856 à 1900, elles sont passées de 2 tonnes à 215 000 tonnes (18 millions de tonnes en 2016 !).

great white fleet
La Great White Fleet, première flotte dédiée au transport de la banane.

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