La banane antillaise et le port de Dunkerque

Le 30 novembre 2018, Dunkerque a renouvelé le partenariat qui lie depuis 20 ans la banane antillaise et le port. Des producteurs au terminal portuaire, en passant par le transporteur maritime CMA CGM, les dockers et le logisticien Dunfresh, tous se sont réunis pour renouveler leur engagement. L’occasion pour nous, de faire la lumière sur l’histoire qui lie la banane au port de Dunkerque.

Débarquement des caisses de bananes au port de Dunkerque en 1912 @Musée portuaire de Dunkerque
Débarquement des caisses de bananes au port de Dunkerque en 1912 @Musée portuaire de Dunkerque

Tout a commencé en 1910, lorsque le grossiste dunkerquois Collet-Taverne prend conscience du potentiel du marché naissant de la banane. À cette époque, seules les Canaries, grâce à leur proximité avec l’Europe, approvisionnent la France. Fort d’un accord passé avec 4 négociants parisiens, Collet-Taverne fait venir, par bateau, des bananes produites sur l’île de Tenerife. Afin de répondre aux exigences de conservation de ce fruit fragile, des caissons chauffés sont aménagés et de nombreux trains équipés de wagons frigorifiques sont envoyés vers la capitale. Cette entreprise, modeste au départ, prend de l’ampleur, grâce au soutien de la chambre de commerce de Dunkerque, et résiste à l’âpre concurrence des autres ports (Calais, Dieppe, Le Havre, Bordeaux) et de grosses sociétés telles que Elders & Fyffes.

La banane quitte Dunkerque

La Première Guerre mondiale interrompt brusquement la dynamique dunkerquoise. Au lendemain du conflit, la maison Collet-Taverne ne parvient plus à rivaliser avec les firmes installées à Rouen et à Dieppe, ports favorisés par leur proximité géographique avec les marchés de consommation de la région parisienne. Dans les années 20, Dunkerque perd le trafic de la banane. C’est Dieppe qui va s’imposer, pour plusieurs décennies, comme le principal port bananier en France.
En 1981, Dieppe perd sa suprématie lors de la mise en service, par la CMA CGM, de 4 porte-conteneurs réfrigérés polyvalents. Les eaux peu profondes de Dieppe ne peuvent accueillir ces nouveaux géants des mers. Le trafic va donc se reporter sur Le Havre qui opère les aménagements nécessaires. En 1994, les navires remplis de bananes antillaises sont à plusieurs reprises dans l’impossibilité de débarquer en temps et en heure leur cargaison au Havre, en raison de mouvements sociaux des dockers. Ils sont déroutés vers Dunkerque car la banane ne peut attendre. Dunkerque démontre alors sa fiabilité.

1998 : signature d’un partenariat durable

Charte de partenariat signée en 1998 entre la filière antillaise et les acteurs du port de Dunkerque @GPMD

En 1997, le groupement de producteurs martiniquais SICABAM décide de procéder à des essais de déchargement des bananes au port de Dunkerque. Le port affiche son ambition de devenir le premier port bananier français. Et il dispose pour cela d’atouts sérieux. Ainsi, la filière banane obtient un engagement fort du syndicat des dockers dunkerquois, le CNTPA, dirigé par le charismatique Bernard Gouvart. Le secrétaire général fait en effet un geste historique : il renonce à la présence d’ouvriers dockers à l’intérieur des entrepôts logistiques portuaires et s’engage à ce qu’aucun mouvement social ne porte sur la banane. Cette même année, le groupe belge Conhexa crée Dunfresh, un entrepôt spécialisé dans le stockage de marchandises sous température dirigée positive. C’est ici que les bananes des Antilles seront désormais réceptionnées avant d’être envoyées dans les mûrisseries qui maillent le territoire français. En 1998, une charte est signée officialisant les engagements de chacun : les producteurs antillais confient leurs bananes au port tandis que ce dernier et ses partenaires les réceptionnent avec fiabilité.
Désormais, chaque lundi, Dunkerque accueille un porte-conteneurs contenant l’ensemble de la production de bananes des Antilles. Par cet apport, Dunkerque est devenu le 1er port français pour l’importation de fruits en conteneurs. L’emploi généré par la banane de Guadeloupe & Martinique représente plus de 500 emplois sur l’agglomération dunkerquoise.

Débarquement des bananes au port de Dunkerque

 

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